diapasons
Michel Gerbal
lundi 14 mai 2018
À paraître !
À paraître - et en souscription / prévente, aux Éditions le Bréchet , mon livre : les Thèses Inconnues .
Pour en savoir plus :
editionslebrechet.blogspot.com
( d'autres parutions, en revue, se dessinent )
lundi 27 novembre 2017
Ici, jour d'une moitié de vie
Ici, jour d'une moitié de vie:
et ainsi: que sait-on d'un chemin
parcouru, passé, allé, et
qui, de chaque pas en pas,
enjambée en enjambée —
ah ! si ce n'est encore ces étranges beaux
pays que l'oeil voit oreille entend.
Mais que personne n'a vu,
sauf une branche dans le vent.
Et toutes ces guerres,
et les abysses amers des émotions de l'histoire;
et à mon pouls persiste une veine à
faire chanter les ablettes à poursuivre leurs chemins
à elles dans une rivière.
Il est vrai que selon toute apparence,
je n'ai rien appris: voyez, voyez !
moi - ce jouet bariolé des désirs de
qui passe: non, non : rien n'est calme ici,
ni semblable à une humble montagne,
sans pareil à une clairière étendue,
une lande manoeuvrée sans pensée.
Rien ici n'est neuf, semble-t-il,
mais encore les mêmes voilures et
fumées aux cheminées par-dessus les bardeaux,
encore, encore !: ainsi l'air troublé par la chaleur
pour moitié cache l'objet
et pour moitié captive le regard.
Mais dit-on, l'apparence est trompeuse.
Ainsi jamais pourtant je n'ai été ici.
Mais jamais non plus ai-je été ailleurs ?
Je me souviens de meules de solitudes,
criantes de soleil et lézardées de serpents.
Et voilà que je tremble de mes membres:
j'ai toujours rêvé d'ailleurs, et
parfois, de là en qui sait, j'ai senti...
Qui persiste ici à couper la durée,
s'évertue à faire expérience de l'oiseau,
lui -, plaisir et souffrance, lui - silence
et chant du chevreau nouveau-né,
lui - à dire : innocence, culpabilité ?
Quelle misère ! dire que j'habite encore mes désirs !
qui, en premier, a fait de la vie
une orange à trancher ?
Et aucun dieu ne nous pardonnera
de naviguer d'une certitude à l'autre,
car si oui n'est que pas non,
alors moi je suis quoi.
Ici, ce n'est que: à la demi du temps et d'ensuite
où ce sourire danse et recule lorsqu'on
souhaite le peser. Les poètes sont menteurs.
Harnachés d'une montagne ils suent pour le sommet.
Ah quand ! Ah jamais !
mon comprendre s'efface en son objet.
Souvenirs gazouillent sans passé
accrochés au rayon d'un papillon, là.
John Lord F. Cedock se trémousse avec un jeune chiot.
jeudi 23 juin 2016
Le Noisetier
des longs poèmes -
des longs poèmes - nappes, rides -
ou les autres - par-delà la faille - avec
la faille - prolongent -
les chronologies autres qu' évènementielles
la dent ! émail et dentine ! routes
antiques des pierres précieuses !
sel et soie ! ciel d'ambre ses habitants,
et la trace des morsures mord - comme à la
main le froid après
les funérailles des neiges -
après, le brouillage est devenu signe de
distinction:
" ceci est de la poésie, toi et moi
faisons partie de ces gens
qui savent la reconnaitre". Fibules de
brumes serties, ornées.
( après-tout, c'est l'histoire de toute révélation, toute
parole -
et l'ajout secret, par la fille de la voix:
...
"console-toi, ne détruis pas mes
mondes par ta stupide colère" )
Bien, mais notre besoin d'histoires est
insatiable.
Fondements de la Conscience ? sans doute !
l'autre, le temps, etc —
"je n'écris pas pour eux, c'est
certain !
une maison inutilisée propriété de l'Etat
quelqu'un a dit: murons-la ! quelqu'un a
dit cela:
murons-là, pour toutes sortes de justes
motifs.
un autre a signé.
les hommes glacés ne peuvent plus y entrer:
ils passent devant, stupides. alors: faire de l'art ?
dans quelle langue la sueur au front des
oliviers ?
dans quelle langue est parlée
"murons-la" ?
dans la langue des hommes
...
pour que l'ange s'y devine
o homme porteur d'un messager qu'il ne sait
pas !
il invente le message du messager sans le
vouloir
par la branche d'aubépine
par la ronce, l'ortie, le bouquet froid
d'un noisetier couvert
le long de son temps n'appartient à
personne
— découpe dans l'air d'hivers de l'arbre et
le reste —
il invente le message du messager sans
savoir
des deux aucun des nombres
cette branche aussi sans nom ( nom retenu
par l'ignorance )
dont d'autres peut-être feront des clisses
pour paniers
ou des breuvages pour salut ou démons
elle est: nouée comme une lettre contre le
front trop pâle
l'air de glace qui volete dessus le champs
...
comme elle - par doux amour des choses -
je me tiens condamné à forger os et franges
créer le messager qui me ploiera contre lui
quelque part
quelque part sera: la tombe sous la flamme
( d'une bougie au rivage du lit un soir
perdu )
car nous sommes pauvres, forcément, sur
cette terre
des autres, seuls et pauvres et pourchassés
dans l'abscence qui n'est pas )"
C'est ainsi qu'il disait quelques fois se
savoir solidaire
de ceux qui ne parlent pas
des longs poèmes - nappes, rides - avec
la faille - prolongent -
Guillaume de Machaut: "le Voir
Dit"
le Jeu de la Feuillée d'Adam de la Halle,
le picard
vendredi 16 octobre 2015
un nerf dans le bas du dos
Pour qu'accomplisse de moi cet art
du dire au plus juste du vrai,
je suis l'animal mange-poussière
qui dépouille années de lui de peau pareille,
on l'écrase du talon, s'en transfigure
la vapeur d'une pierre, une vigne nécessaire,
entre les failles lui s'éfaufile, vite,
comme un fouet entre la graisse et sa chair.
De la maison qu'on abandonne,
soulève le lion de pierre !
Pose, pose délicatement,
dans la carriole au fibres d'ailes !
La corde claque aux lombes sur son gond !
Fièvre froide, rageuse et nerfs blessé
ne sont pas miens, c'est la ronce de tous,
mon pain, long, fin, criard comme le joker.
Eux désirent honneurs, éloges, raisons, harmonies,
mais voilà on dirait je ne supporte que l'à-nu,
la mèche de fer.
Du partage des routes, suis-je le juge,
suis-je le présumé ? ardent dès ma pénaube,
biseauté, une écarquille du marbre ! -
en dehors de ça, je sais quoi de mes propres motifs ?
Oui, bien sûr, à l'écrou des extases,
au ciel sans cartilage,
à la condition des aortes,
au rapporteur des formes internes.
Table des houilles ! Poussier ! rossignol et hallier !
Et toi, toujours, ta paupière refusante,
ta nuque refoulante, cet amour encore,
mien ou tien, surprenant vraiment !
couvert de bryophytes et girolles -
la vapeur d'une pierre, une vigne nécessaire,
entre les failles lui s'éfaufile, vite,
comme un fouet entre la graisse et sa chair.
De la maison qu'on abandonne,
soulève le lion de pierre !
Pose, pose délicatement,
dans la carriole au fibres d'ailes !
La corde claque aux lombes sur son gond !
Fièvre froide, rageuse et nerfs blessé
ne sont pas miens, c'est la ronce de tous,
mon pain, long, fin, criard comme le joker.
Eux désirent honneurs, éloges, raisons, harmonies,
mais voilà on dirait je ne supporte que l'à-nu,
la mèche de fer.
Du partage des routes, suis-je le juge,
suis-je le présumé ? ardent dès ma pénaube,
biseauté, une écarquille du marbre ! -
en dehors de ça, je sais quoi de mes propres motifs ?
Oui, bien sûr, à l'écrou des extases,
au ciel sans cartilage,
à la condition des aortes,
au rapporteur des formes internes.
Table des houilles ! Poussier ! rossignol et hallier !
Et toi, toujours, ta paupière refusante,
ta nuque refoulante, cet amour encore,
mien ou tien, surprenant vraiment !
couvert de bryophytes et girolles -
samedi 5 septembre 2015
Mon amour, mon amour
Mon amour, mon amour
dans la guerre de tes bras
je me suis un peu rendu
puis à la façon dont prient les juifs
je lève vers tes seins les mains
dire:
déchire s'il te plait
le drap d'hamonie
que j'ai placé il y avait une fois
dans l'épouvante tout autour de mon
souffle, âme, voilier, jugement.
Mon amour, mon amour,
tu ne sais pas
comme tu es belle
chaque jour un jour de plus ajoute
au chemin qui y va
comment
comment savoir
que d'une double inquiétude
s'ajuste cette simple confiance
mardi 18 août 2015
1 en 5 poème d'après-hier
1 en 5
poème d'après-hier
1 toi
éclosion ( mon père ) 2 présence
pour ne pas ( mon frère ) 3 dos
n’a pas de nom ( tous ) 4 dans la
cahute ( ma soeur ) 5 quand la
pluie ( nous )
Michel Gerbal
— à ma mère
« Je dis donc que les parties de l'âme sont au nombre de
cinq... »
Rambam, shmonei prakim
Des anges
Quand d'après-guerre l'enfant parait
sa mère embouche ses chaudes trompettes
et sonne de baisers en baisers:
O toi ! qui ne saura pas ça.
Longtemps longtemps après hier
ces enfants-là grandissent
et grandit sur eux la phrase gravée:
O moi ! qui ne connais pas ça.
Et les enfants d'après-guerre s'en vont
à marche forcée dans les champs du bonheur
où d'autres anges blancs s'égayent
à aiguiser leurs ailes en lames de rasoir.
03.2000
— in memoriam Paul
Celan
Toi,
éclosion contrecarrée de fleur de la fleur
filament-sel dans la vague sombre,
sel-filament de la sombre impatience
de lait, ta chevelure: sonnante le fil de cristal
sombre comme la pulsation de l'amour
et la sonnerie des anges : toi,
au portail de l'usine de tous les crins d'archets,
blessée de toi.
Trottent dans la flaque de ta robe
brisée par le reflet du vent, tes pieds
passants devant les hommes des baraques
assoupis dans l'épaisseur d'une ivresse triste,
de la fatigue traie aux pis des arbres chauds,
tes pieds, tant et tant galets, ricochets
imprévus comme la fleur que de derrière ton dos
tu m'offres à l'instant où celle que, désespéré
au retour j'ai cueilli, je te tends.
toi, continûment,
piochée,
une, une.
avec la fleur greffée à la pioche
et tu appelles: Sébastien
Sébastien.
* *
*
Es-tu l'identité ?
tu rêves, o genets, charmes, l'éclat de verre, d'eau,
l'alvéole soufflée au creux du masque de verre,
traces de feu jusqu'à l'éclat du souffle,
ma démasque,
o roses, ronces, faucille,
tu es l'éclat, la tourne, tu rêves –
pâton où translucidifie
une clé-d'homme
tu es –
l'ajustant, ajustant.
la carène au plus-près de la clé,
navigante. Naviguée,
tu es, es.
bombée, bombée,
piochée.
L'air, c'est ce qui nous aveugle
agglomérat d'identité et d'air,
es-tu l'identité,
es-tu
récolte ?
* *
*
tu semonces la secousse dans le cercle
de pierres,
l'herbe te vois,
l'herbe crie.
et s'élance vers la dislocation, le ciel,
o comme elle s'élance en son non-élancement
et précipite dans la vision:
tu pétris.
— la terre, c'est ce qui nous aveugle
ainsi : grenouille
sauterelle
peste,
d'herbes les javelles sont prêtes,
l'herbe crie,
déjà égorgée,
nous aussi sommes prêts, opposés:
l'oeil dans la nervure dorsale
réunis à la pointe,
nous parlons:
liquéfiés, trempés, aiguisés,
tels qu'en jeune-ainé tu nous aime
l'herbe crie, crie.
si tu en fais récolte —
* *
*
j'hésite à le
dire – –
pourquoi avoir façonné la mort
où distinguer était possible
pourquoi ?
as-tu réellement cru mourir
sur la parole d'un baiser
pas-usurié ?
tu joue le mot fils du mot
le mot-mot
le mot-soi
le mot-moi
et ce qui s'ensuit pour Sébastien.
drainés les ventres
de ses rocs fixes
il y avait l'arbre et le ventre
dans l'arbre le ventre le roc coule
clé-d'homme
comme il s'élance en son non-élancement
et taille dans la vision une pierre
d'amour
mais tu as joué le monde
et son fragment
tu as prié
la prière est venue
la prière est l'outil, tu
rêves carreau rond rond carreau bleu
tu gémis sous l'ogive d'une cascade gelée
tu rêves –
t'endors,
l'écrit fond, retourne
le souffle à la gibecière , la larme repousse
la larme
soufflée de cendre à la Bouche -de - Cendre.
( pourtant
la main creuse des puits
pour guérir
du très-plat non-mourir. )
* *
*
si tu en fais
récolte —
aussitôt déni-de-cratère
tu relies au manche la verge
de houx, charme,
tu ajustes la chape au virolet:
après la faux tu reviens au fléau
pour en refaire
le chant : voilà pourquoi
ta joue,
alourdie d'une cendre
égarée,
j'hésite à la dire ( pourtant
la main creuse des puits
pour guérir
du très-plat non-mourir. )
* *
*
la main creuse
des puits –
l'aiguille ne perce
pas
le sang, la cendre.
l'aiguille, la cendre, le corps, tu
vides l'écheveau, revêts la rivière.
Imalade:
tu es le sens.
en ville, et ceux qui passent dedans,
le Nom Propre palpe
la cendre,
gèle les dents de sa clé:
en perce, perce,
l'outil soignant ne convoque pas
le sang.
* *
*
avec les ongles de notre temps
clé-d'homme
tu perces.
suie-de-chaux fermée
le rêve aux frondaisons vers le haut,
au nord le chaudron " N'a pas de nom ravage ",
et au souffle de la rose entière
" La fleur de l'amandier éclate":
c'est une grenade
horizontale,
perpendiculaire à la verticale:
puisque nous sommes,
argent et cuivre,
nous sommes cerclés
l'orange triangule la courbe.
La courbe.
la coupe,
la serpe.
le cep, le cou,
la carpe, péricarpe,
la farce,
la farce,
l'ivre.
vin, vin, venin.
c'était,
était.
c'était un venin, ce vin,
la double absence du poignard,
l'absence redoublée sous le poignard,
ni un sexe ni un poème,
c'était un lieu absent,
la rose d'aiguilles.
verse, verse.
* *
*
ta joue,
alourdie
d'une cendre
égarée —
L'ange est venu,
il m'a tendu le pain,
le viatique pour le chemin.
C'était le pain: il a
fallu manger.
Mâcher, puis
digérer:
les dents du rêve
à l'intérieur du pain.
C'était le pain des morts, ce pain.
Cuit dans la cendre.
Avec le rêve à l'intérieur.
Tant nous aurions voulu vêtir,
tant nous aurions voulu
la courbe d'un chant de poterie
à l'extérieur et frôlée,
la construire;
mais c'est égalés que nous sommes,
tandis que nous rêvions: nous rêvions
nivelés, maçonnés,
pour bâtir.
Tant nous aurions voulu des frères,
joint-à-joint-à-joint:
mais c'était le pain des morts, celui-ci.
Et l'herbe te vois,
l'herbe crie,
égorgée déjà.
Les vers, c'est ce qui nous aveugle,
et le lait sombre des terribles matins,
creuse, creuse,
Cadmos.
* *
*
c'était un
venin, ce vin,
la double
absence du poignard,
ni un sexe ni
un poème,
un lieu absent
en perce, —
perce
s'empêtre
dans la main de l'ange
le théorème:
" prends ton enfant, celui que tu aimes, ton aîné,
voilà l'ordre,
par le pouvoir, la puissance,
par le droit, le caprice, la justice,
par moi-même et par toi, voilà l'ordre :
troue, ce sera la coupe, la corne d'abondance,
un poème établi en alliance pour toujours
déchirure
entre le mot et la nature, didoum didoum,
mélodie et mesure.
yo yo les torches fraîches allumées au feu clair au centre
de la nuit
pérégrinent vers la lumière du matin,
tendres, les bacchantes s'en vont par les sentiers,
en files se divisent et confluent en colonnes;
gaulant les bijoux d'or de leurs lobes d'oreilles
ainsi: houes
faucilles
dauphins
coupe, versée des poignets en emblèmes.
ovale des visages, grènetis
aux torches, faces
houlées,
houlées, déhoulées, épamées,
sel-filament de la sombre impatience de lait,
didoum didoum, ta chevelure —
* *
*
la prière est
venue
la prière est
l'outil —
L'outil mort
la main décède, repose
pose l'infante et sa duègne
la corolle dans le serpent,
le serpent dans sa corolle.
le fléau dénoué
la main défend
l'outil enseveli.
Dans l'oblique d'un soi-même
le poème était l'outil.
Quand tu foules l'archétype,
les grumes violettes du sceau,
l'outil de ma soif, c'est l'eau.
Les hommes scorpidés
suçaient la terre
au sein de l'aube noire.
( même les cendres flambèrent
flambèrent
au sein de l'Ombre blanche. )
Et le poème était le pont
de l'avant à ta bouche
météorologique.
Le silence est le masque d'un mot
qui masque ce mot là,
le mot lui-même, modulo.
Et le blanc, congru à l'outil.
modulo mort.
mort.
modulo terre.
Cadmos.
Jamais ne cède au rêve du beau
le blanc anéantit l'outil
– dans la main de Personne.
* *
*
Cadmos.
Nous aussi sommes prêts, opposés
—
Debout, résistants, trempés
que voyons-nous ? Rien
Personne n'a aveuglé.
Tio tio, fils de ta race,
tu mérites l'ornement et la chemise.
bas la mesure des bras en écartant les bras
casernes la mesure, transgresse la prise vers l'épaule:
Tio tio, halas pauvre Yorick, une voile, te voilà pleine
barrique, bon tonneau, bien rempli
par l' astragale, ho ho ho,
que Personne te soigne : Personne t'as percé.
La distance, c'est ce que nous palpons,
ce n'est pas toi qui a creusé la trace:
Personne glissé en rêve entre nos corps
qui se cherchaient dans la cabane,
assoupis dans l'épaisseur d'une ivresse triste,
dans la fatigue traie aux pis des arbres chauds,
tu étais là, tu nous a engendré,
tu n'es plus là et tu es mort.
C'était toi, oui, c'était toi, mais ce n'était pas moi.
Voilà pourquoi,
voilà
pourquoi.
* *
*
Voilà
pourquoi
il s'élance dans son non-élancement
pour laper la forme du vide
et reforger une autre
parole
pour engendrer
d'autres machines, d'autres cercles
avec le sexe de nos mains
*
*
*
avec
la fleur
greffée à la pioche
tu appelles —
si tu dis la colline, ne dis pas
la montée, si tu dis la montée,
ne dis pas le château,
ni l'autel.
Heidelberg, Heidelberg !
Le nom d'un autre
n'a pas connu l'ordre d'un dieu
étranger —
Sébastien,
tu glapis,
ajoute encore de l'eau à l'argile
verte.
Négligemment,
par le tuyau de cuivre coudé
par l'espoir triomphant
par le clou rouillé
par la beauté et sa preuve,
par la contrainte qui nie
et la contrainte qui joint,
répond doucement Sébastien:
je
suis
là.
Mars 2000
le grain
— à mon frère
Présence
pour ne pas
dire.
Maître ou livre
?
Comme on cloue chouette sur
grange
ou brûle: monte déshérence de suie.
Péninsule,
caille-des genêts
itère l'hier
dans les fûts-d'arbres.
Tu sais
l'espace, mon frère, tu
sais: je ne sais
pas. Mais je ne sais
pas.
Le flot
miroitant miroir
en bas de l'aile
être. Corps morts ici aussi
blutés
triés
talés.
Feu
mais la falaise était la chute le train
dit l'échelle de Jacob l'eau
moulinait entre les deux
la flaque jusqu'encore
bue :
l'absence en-haut, les planches,
avec le quoi qu'il y a dedans,
la caille, tout-loin, la face.
Tu as mangé la
pensée, mon frère,
le grume et
la descente.
Creusé creux-là,
coeur d'arbre ou
phonâmes qu'ils trièrent:
cendres, dévol
ution.
Crek crek
passe la langue de l'oiseau
et le trait sur la langue
le mot: la marque nous retire.
La face et son
caillé.
Crek crek
crek crek
crek crek.
16.03.00
Troisième Génération
א
Dos n'a pas de Nom:
Margarita absorbe la violence
l'absorbe puis la réssore,
dessous la fontanelle, chaude
en cale sèche, cale humide,
brûle l'épars, elle
monte l'apostème vers le ciel des tavernes
épanche l'inépanchable, non,
condense plutôt à temps zéro,
actualise selon le taux
oeuf, oeuf, oeuf,
épanche la fourche
porteuse d'un arbre, malléole
racines plongées dans les nuages.
Dos n'a pas de Nom
Oeil n'a pas de Rives:
le jet de la lumière de la lame du couteau
a ébloui Margarita,
reflet des spots
comme la salive sur la dent,
éblouie, trempée dans la cuve,
contracticule,
l'alliage chaud des hontes et des blasons,
tourne en acier de Merlin
avec les sources de Viviane
dans la suture sous la charmille claire,
l'épée, la fable, aux sources de Viviane.
Dos n'a pas de Nom,
Oeil n'a pas de Rives,
Ventre n'a pas de Sexe:
o Margarita vitupère de ce triste univers la mesure
manquante
noue, o blessée, les poings pour le combat,
les bourgeons à bandon,
puis ébauche le premier de tes pas
afin que brèche enfin le premier socle de tes pas
selon le rite, statue-pélerin,
avec l'abcès de tes coquillages fourchus
vers ton dos oublié.
Dos n'a pas de Nom,
Oeil n'a pas de Rives,
Ventre n'a pas de Sexe,
Souffle n'a pas de Tour.
ב
Bonjour, Rien.
Nous sommes: pressés
( pressés) machinés aux treuils et poulies,
dans l'emblème,
nous — constructeurs des courroies et des tours.
De gré ou de force nous produirons ce que l'Homme produit:
des symboles.
Mais nous voudrions garder au symbole sa saumure.
La verticalité du mot nous interpelle.
Nous trébuchons dessus: la verticalité nous arrête,
l'arête nous blesse à la gorge:
nous aussi voulons, désirons témoigner.
Lentement nous découvrons l'ineffable, de la formule
affranchi.
De la chlorophylle — dans le sang végétal, le non-assassiné
nous
retrouvons ce que les Anciens ont chanté:
châteaux, allées, sphères célestes.
L'arbre et son serpent au centre de la pomme.
La pomme, ou bien la figue, ou bien le blé agricole,
répandus dans les empans à naître,
/ avec Dante et Béatrice,
et les Noms propres
d'aujourd'hui
concentrés dans la
mystérieuse spécificité de l'homme,
de l'homme, du vif-en-lui.
/
Nous sommes débondés, finalement.
Nous cuvons.
Nos coeurs sont des urnes de cendre.
Des urnes de bois,
nous mâchons, mâchons,
nous recueillons les mots des oiseaux.
Tu nous a fusionné:
défais l'outil, émachinés.
A nous l'éternité,
à toi la bielle et le souci.
Nos coeurs sont des urnes pour la cendre,
nous sommes tassés,
pressés.
La cendre indifférente chantonne,
nous caressons nos fils,
leurs cheveux pleins de poux.
Tu a versé la cendre.
Béni sois-tu, Rien,
qui nous a libéré:
tu nous as ôté l'espace,
pour nous faire voir.
l'air, pour nous enseigner.
tu as collé l'image à la face:
et nous avons appris, Rien,
appris, appris:
nous respirons l'étouffement,
dessins de la cendre,
avec une chanson dans le dessin:
la tienne.
Nos parents qui nous ont engendré
peinent à présent à nous désengendrer:
ils peinent, Rien, car neuve encore est la coutume.
Tu leur donne des demeures crues
pour héberger le temps,
et nous n'avons, nous, que l'entière éternité.
Mais nous avons tant lutté
afin que rien ne nous touche
que c'est arrivé finalement:
voilà, nous ne sentons plus rien,
que toi, nous sommes insensibles,
insaisissables.
Ainsi pouvons-nous rire
et puis te pister, Rien,
dans tout ce qui vient.
Et nous voilà, tels que nous sommes,
méchants et haïssants.
Et nos parents qui nous ont engendré
râpent, ahanent à présent à nous désengendrer.
Nos parents blonds,
couronne de tradition
ils récoltent le trésor des froufrous animaux:
ricanent, carcaillent, glougloutent, barrissent...
et le tsar rouge les bénissait.
Retournés et pleurant
ceux qui ne cessent de nous mettre au monde
des marins, des fantômes et des masses,
les voilà, ce sont eux, nos parents.
D'autres à autres ils ont tant répété le texte des autres
qu'il leur a fallu renoncer à nous nommer,
nous leurs enfants.
Ramés et piochés,
dénoué le liseré rouge de l'ovule fécondé,
les mains spasmées dans un plumeux éclair,
il semblait que la grâce des prairies où vibrent les fils
était la harpe de leurs amours.
Dévidé la canette de l'oeuf,
un coup-ci un ou coup là,
oui-oui, non-non.
Ils l'ont fait en se tordant les doigts
en remuant la bile,
en brûlant le fer,
en ligotant le vers,
en gigotant,
nombreux,
mouchoirs caillés de morve,
buissons d'épines sanglantes en cloque dans les yeux.
Ah ! comme ils nous portent à la tombe,
comme ils nous couvrent de sel.
Si nombreux sont-ils que si
l'un d'eux venait à faillir
l'autre serait déjà levé
pour de sa chair nous renssevelir en geignant.
ג
Et telles sont les cendres:
sont-elles réelles ?
D'autres les ont mâchés avant nous.
Prédigerées dans le jabot des pères,
des mères, qu'ils nous offrent en grimaçant,
telles sont les cendres, les nôtres:
sont-elles réelles ? Nous ne le savons pas.
Il nous faut seulement les dire.
Comment ferions-nous cela:
dire l'irréel ?
Irréelles, non, à moitié réelles, naviguantes
entre l'existant et le rien,
entre l'existant et son double:
c'est pour les faire réelles que nous mangeons.
La poussière de nos chairs.
Et l'essentiel, est-il réel, l'essentiel ?
Est-elle réelle la vibration de l'air, la parole ?
Comme tendre l'index mouillé de salive
pour palper la direction du vent,
comme le brisoir devant la pile des ponts,
la pile creusée d'un dégueuloir —
/ mais cette mort ici n'est
pas la nuit de ce jour là.
car cette mort ici se heurte
et arbre
et triche et ment: est-ce que
c'est
une vie, aussi ?
ici la vie, ici la mort.
il ( le crépuscule ) advient
sans lutte:
il ( le soleil ) se retire,
elle ( la nuit ) se noue
lui ( le soleil ), elle ( la
nuit ).
échangent des bouchées
strient et bouchardes,
couverts de mousseline
grise les arbres, puis les
chemins, puis ce qui
est proche. elle et elle,
transparentes,
se lient, composent cette
matière étonnante:
elle ( la nuit ), opaque au
plus près,
transparente au lointain.
/
C'est pourquoi voyez-vous
il faudrait nous pardonner de ne dire ces choses là
qu'en paroles obscures.
Scrutant la flamme de chair
peut-être y logent,
intactes, les mythologies ossueuses catacombes
des baleines:
car la bouche n'est-elle pas l'antre, le seuil
d'une de ces demeures où vivent, dit-on,
les morts.
Les morts, quand donc finiraient-ils de vivre ?
Et souvent nous sommes-nous désirés morts,
hâtifs de grandir dans la bouche des vivants.
Que mourir alors se hâte, plus vite
que la lente chimie des assimilations,
des fondations organiques.
Que le jour vienne enfin où le muscle
se réveille suaire de quelque chose inconnu,
la glande se fait l'aromate d'une momie brûlante.
L'expansion se grime en masque car
la vérité est la césure du réel,
et combien nous désirons une coupure au réel !
Comment, pourquoi devrais-je aimer
alors que déjà ensevelis, grinçant de vos tristes
gencivesstes gencives,
furieusement conseillez à ceux qui vivent encore
de boire aussi la terre, étouffeuse des souffles.
" Buvez à pleine rasade ! " ils hurlent,
"car c'est la vie, c'est l'expérience,
la seule, la vraie."
ד
Béni soit en toi l'étranger qui persiste,
qui surnage dans le flot du connu qui le noie.
Bénie la parole muette de tes yeux,
celle qui, sans faiblir, d'un coup
a touché en moi le centre de toi.
Tu n'as rien exigé, ni prendre ni donner:
d'un seul coup semblable à la nature indifférente,
c'est cela que tu as fait de nous:
puisse-t-elle, l'indifférente, le jour où tu défailles,
se souvenir en toi de moi.
O Margarita !
Dos n'a pas de Nom,
Oeil n'a pas de Rives,
Souffle n'a pas de Tour.
Mars 2003 Janv 2005
— à ma soeur
1959-1959 —
Dans la cahute sur la pente de montagne,
tu as, ma soeur-infirmière,
montré la porte-à-ne-pas-entrer.
Cahote, toi, longue, grande, belle: tu
l'effaces, la lune de ton corps que les fumées clairaient
pour la manger:
tu sais le chiffre et puis sa clef. Tu
brilles de tant de larmes aiguisées !
( Blanche-de-neige et de ville penchée.
Fleur de mort et d'orange percée. )
Fuis !
De main à main nous tissons, encore, fraternels,
la ronde
du souffle planant pour mûrir,
avec les sucres du fruit.
Nous aussi, au nord du Nord,
sommes percés à l'envers.
Nous aussi sommes là,
à fruiter.
En rêve, j'ai, tu as, ouvert la porte:
j'ai tant voulu savoir ! j'ai
vu, et je fuis:
Fuis !
Jailli-de-neige instable sur les alluvionnements d'azur,
par quelle main et pour qui nous faut-il à présent façonner
notre part:
ce qui nous revient de là-bas:
— aphasies du silence,
boiteries-silence,
avec les ricanements, les injures, moqueries et parjures,
et ta chevelure, ma soeur, répandue dans le lait des
étoiles,
( blanche-de-neige, fleur de mort et d'orange percée ),
cendre-de-paroles entre les morceaux de silence:
Fuis !
Quand la pluie aura chassé tulipes et pavots
quand les grands draps des lacs auront fané sur leur dernier
entracte
et que les vents dedans les champs auront tourné et
tourneront encore les lettrines tendres des blés
et s'abattront , tels des cils délicieux ou étranges,
entre le soir et l'horizon, en tourbe les corbeaux;
quand les gares dans les lointains égraineront leur solitude
quand fleuriront d'étranges naufs aux cimes des hauts pins
quand s'ouvriront des fleuves verticaux
les presbytères au crépuscule auront des phares
pour les errants des soirs qui vont dedans les champs:
je t'aimerai, mon doux, si doux amour, je t'aimerai.
MG
Inscription à :
Articles (Atom)